« Who’s afraid 

of Alice Miller ? »

Photo-NB-Alice-MIller

un film de Daniel Howald  

 

Alice Miller, thérapeute et auteure de nombreux livres sur la maltraitance des enfants est décédée en 2010.

 

En février dernier la 13ème édition des Rencontres Images Mentales à Bruxelles  visionnait (en virtuel) le film de Daniel Howald  « Who’s afraid of Alice Miller ? »

 

Ce documentaire présenté comme une enquête, invite le spectateur à suivre Martin, le fils d’Alice Miller, accompagné d’Irenka, une cousine d’Alice à la recherche du passé d’Alice et Andreas Miller.

 

Une grande partie du film tourne autour de la difficulté déjà exprimée par Martin Miller, de n’avoir pas été protégé par sa mère, des violences de son père. Le reproche est  toujours très vif et s’accompagne chez Martin, d’une remise en cause de la sincérité de l’engagement de sa mère pour la défense des droits des enfants.

 

Alice Miller n’a jamais caché qu’elle n’avait pas pu être une mère suffisamment contenante et sécure pour Martin. Les extraits de lettres lus au cours du  film en témoignent, ainsi qu’ils rappellent l’impossible dialogue entre Alice et Martin.

 

Irenka, 

le témoin secourable ?

L’autre protagoniste du film est  Irenka, cette cousine chez qui Alice, enfant et adolescente, se réfugiait régulièrement parce qu’elle y trouvait  un climat plus attentif et plus riche sur le plan affectif et intellectuel. 

 

Irenka a elle aussi, traversé la guerre et la persécution des juifs par les nazis, puis par le stalinisme. C’est par l’attitude et la compassion d’Irenka que le spectateur perçoit que le drame de Martin réside en partie, dans sa difficulté à faire le deuil de son histoire.

 

« Le deuil  est la douleur de savoir que les choses se sont passées ainsi et que rien ne peut modifier le passé »écrit Alice Miller. 

 

Dès le début du film, après le premier extrait d’une interview d’Alice Miller, Martin laisse éclater sa colère et tourne en dérision les propos de sa mère. Le regard tourné vers lui, Irenka lui dit d’une voix calme et apaisante : « je pense que l’on peut surmonter ce genre de choses » 

 

Un peu plus tard, Irenka raconte  son éviction de l’école à Varsovie, une école qui refusait d’accueillir les enfants juifs. A Martin qui lui demande si ça fait toujours mal, elle répond :

 

« Cela ne fait plus mal, mais c’est  triste. Ça ne fait plus mal. Avant oui. Mais maintenant plus. Mais c’est  triste qu’une telle chose soit arrivée. »

 

C’est comme si elle tentait d’indiquer à Martin, le cheminement d’un vrai  deuil. Reconnaître et ressentir la douleur d’avoir été  un enfant maltraité et abandonné par ses parents. Prendre conscience que le passé ne peut être changé. Mais la colère et la rage peuvent laisser la place à autre chose plus proche d’un sentiment de tristesse. La tristesse d’une rencontre ratée avec sa mère.

 

Andreas Miller

Le film accorde peu de place à la violence du père de  Martin,  Andreas Miller. Martin dit ressentir encore de la peur lorsqu’il regarde une photo de son père. 

 

Les lettres d’Alice Miller à son fils, lues, dans le film, suggèrent qu’il a pu adresser de nombreux reproches à sa mère car il en avait moins peur que son père. 

 

La recherche sur ce qu’ont pu être la vie et l’attitude d’Andreas Miller pendant l’occupation nazie, demeure à l’état de question sans réponse. La tentative d’expliquer le comportement d’Alice Miller par ce qu’elle a du  traverser pendant toute la période de la guerre et de la persécution des juifs reste au bout du compte, peu convaincante.  

 

Alice Miller n’a pas pu et pas su être suffisamment protectrice pour son fils. Elle a pris conscience bien plus tard en écrivant ses premiers livres qu’elle avait été une mère prisonnière de son traumatisme.

  

Cela n’empêche pas le fait que cette femme a su, au delà de son  histoire, devenir un témoin secourable pour des centaines de milliers de gens. 

 

Lire les livres d’Alice Miller constitue aujourd’hui  un pas essentiel pour qui désire s’émanciper du  carcan éducatif et maltraitant de son enfance. Alice Miller ouvre la voie à celles et ceux qui veulent tenter de devenir des êtres conscients, éveillés, délivrés de cette cécité émotionnelle, conséquence directe de la violence éducative subie.

Le 16 février 2021 

Jean Pierre Thielland